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La collection Chtchoukine à La Fondation Louis Vuitton, un coup de Maître.

La Fondation Louis Vuitton présente jusqu’au 05 Mars 2017 la collection de peintures absolument mythique de l’industriel russe Sergueï Chtchoukine (1854-1936).

Collectionneur, mais aussi commanditaire Chtchoukine a assemblé, entre 1898 et 1914, une collection considérée comme la plus importante du monde en matière d’art moderne.

Sur les 278 œuvres de la collection initiale, la Fondation Louis Vuitton réussit à en présenter 127, un exploit ! Jamais aucun musée russe n’avait prêté autant de chefs d’œuvres en même temps.

Cette collection couvre tout l’arc de la création, depuis l’impressionnisme avec Monet, Guillemin, jusqu’à Matisse et Picasso, en passant par les post impressionnistes Cézanne et Gauguin.

Comment ce marchand de textiles a-t-il réussi à créer à Moscou, au tournant du XXe siècle, l’une des plus riches collections d’art moderne au monde ?

Ses débuts de collectionneur remontent à 1898, à l’occasion d’un voyage à Paris avec son frère Piotr, féru d’antiquités et de tableaux impressionnistes. Ses premières acquisitions sont des valeurs sûres : Monet, en 1898, Pissarro la même année, avec une vue parisienne du quartier de l’Opéra. Puis suivront les impressionnistes, sans exception.

Au début du 20e siècle, Chtchoukine visite avec passion les galeries parisiennes : Durand-Ruel, Ambroise Vollard, Daniel-Henry Kahnweiler. Mythique mécène, il repérait les peintres et passait commandes. Il choisit Matisse, Picasso et Gauguin.

Mais Chtchoukine collectionna surtout pour survivre aux drames qui balayèrent sa vie. En 1907, meurtri par la mort de son fils cadet à 17 ans, puis celle brutale de son épouse, Chtchoukine ressentit le besoin de fuir. Il part en octobre 1907 pour le Sinaï. De retour du désert, en décembre 1907, il s’arrête à Paris où il fait la connaissance de Leo et Gertrude Stein et découvre les merveilles de leur collection d’avant-garde.

Dès lors, ses acquisitions sont compulsives. La Fondation Vuitton indique que Chtchoukine aurait acheté lors de ses séjours à Paris plus de 250 tableaux d’art moderne, dont 8 Cézanne, 16 Derain, 16 Gauguin, 38 Matisse, 13 Monet et une bonne cinquantaine de Picasso !

Par ses choix audacieux, il compose sa vision personnelle de l’art. Ses tableaux sont accrochés dans sa résidence, le palais Troubetskoï – un hôtel particulier du XVIIIe siècle. Chtchoukine avait cependant le souci que sa collection profite aux autres. À partir de 1908, il fait de son palais, l’un des tout premiers musées d’art moderne en l’ouvrant chaque dimanche, gratuitement, aux amateurs.

La Révolution russe de 1917 poussa Chtchoukine à partir sans bagages. En 1918 sa collection et celle d’un autre riche collectionneur russe, Ivan Morozov, furent réunies dans le palais Troubetskoï créant ainsi le premier musée d’art moderne occidental de l’URSS.

Cette collection, d’abord mise valeur par le régime communiste, faillit disparaître pendant le règne de Staline qui ordonna la fermeture d’un établissement inutile qui témoignait d’un esprit bourgeois et réactionnaire.

La collection Chtchoukine ne dut sa survie qu’au fait d’être remisée en réserve jusqu’à la fin des années 1950.

Encore aujourd’hui les russes ne peuvent toujours pas admirer cette collection dans son ensemble – les œuvres étant réparties entre les deux grands musées rivaux : le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg et le musée Pouchkine à Moscou.

La fondation Vuitton réussit un exploit en présentant sur quatorze salles et quatre étages cent vingt-sept œuvres (dont 22 Matisse, 29 Picasso, 12 Gauguin, 8 Cézanne et 8 Monet) sélectionnées par le « fou », comme il se décrivait.

« Un jour […] Serov et moi, nous étions seuls chez Chtchoukine. “Je vais vous montrer quelque chose”, dit-il en écartant un lourd rideau et en sortant son premier Gauguin (La Vénus des Maoris à l’éventail). [et] ajouta en riant et bégayant : “Un f… f… (fou) l’a peint, et un autre f… f… fou l’a acheté.” »
Leonid Pasternak

Paul Gauguin, Aha oé feii (Eh quoi, tu es jalouse ?), été 1892
Huile sur toile
66 × 89 cm
Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
Photo © Moscou, Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine
Paul Gauguin, Ruperupe (La Cueillette des fruits), 1899
Huile sur toile
128 × 190 cm
Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
Photo © Moscou, Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine

Si toutefois la scénographie ne respecte absolument pas la manière dont les œuvres étaient accrochées chez Chtchoukine, une large photographie dans l’entrée de l’exposition révèle aux visiteurs à quoi ressemblait l’accrochage au palais. Les tableaux y étaient accrochés les uns à côtés des autres, façon « iconostase ».

Une seule salle reprend l’accrochage du collectionneur, la salle consacrée à Paul Gauguin (douze œuvres dans l’exposition).

Par ailleurs, une vingtaine de peintures du favori de Chtchoukine, Henri Matisse, sont présentées dans une salle sublime qui reproduit l’agencement réalisé par le peintre lui-même dans le salon rose du palais Troubetskoï.

Le salon de musique, la salle des Monet et des impressionnistes,
1914
23 × 29 cm
Photographie argentique sur gélatine
Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
© Moscou, Musée des Beaux-Arts Pouchkine
Photo © Albom photorpher Pavel Orlov,
Beginning 1914
Henri Matisse, L’Atelier du peintre, 1911.
Succession H. Matisse/ Moscou, Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine

Pour des raisons de conservation (trop fragiles) on n’y verra pas La Danse et La Musique commandées en 1909 pour orner le grand escalier du palais.

À la fin du parcours, après une succession d’œuvres de Picasso de la période bleue à la période cubiste (vingt-neuf œuvres), le visiteur aboutit à l’impressionnante « Chapelle Picasso » imaginée par Chtchoukine dans un cabinet exigu de son palais. Chtchoukine les avait placées ensemble pour comprendre. Comprendre Picasso, partager Picasso, diffuser l’art moderne.

Le salon Picasso au Palais Troubetskoï,
1914
23 × 29 cm
Photographie argentique sur gélatine
Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou
© Moscou, Musée d’Etat des Beaux-Arts Pouchkine
Photo © Atelier de photographie Pavel Orlov,
beginning 1914

L’exposition présente également une trentaine de pièces majeures de l’avant-garde russe (Constructivisme, Suprématisme), dont des œuvres de Kasimir Malevitch, Alexandre Rodtchenko, Vladimir Tatline, Lioubov Popova, Michel Larionov, et Olga Rozanova.

C’est l’un des partis pris de l’exposition que d’établir des confrontations entre maîtres modernes et artistes de l’avant-garde russe, afin de restituer au mieux l’onde de choc de ce dialogue plastique.

Cette exposition s’inscrit dans le cadre du programme de « L’Année Franco-Russe 2016-2017 du tourisme culturel ». À ne rater sous aucun prétexte !

Elisabeth S.

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Matisse Picasso ;  Gauguin ;  Monet

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